• Vagabonds de la vie

    2018-24

    Vagabonds de la vieJim TULLY

    Vagabonds de la vie

    Autobiographie d'un hobo 

    Traduit de l'anglais par Thierry Beauchamps

    L'Atalante, Poche

    286 pages

    Jim Trully (1891-1947), boxeur, écrivain, journaliste, travailla aux côtés de Chaplin pour le tournage de la Ruée vers l'or (1925).  Dans ce livre qui fut publié aux États-Unis en 1924 et qui lui apporta une renommée certaine, il fait le récit de sa vie de vagabond – hobo désigne un vagabond qui voyage clandestinement sur les trains – à la sortie de l'adolescence.

    Son enfance, cassée après la mort de sa mère alors qu'il avait un an, lui fit connaître l'orphelinat jusqu'à sept ans, avant qu'il ne retourne au sein de sa famille irlandaise. À l'adolescence, persuadé qu’ « on gagne rien à bosser. Y a que les idiots qui triment », il se met à l'école de la route.  Il se « brûle le dur sur les trains postaux », allant de « jungle » en « jungle » (camp de clochards), trouvant parfois des petits boulots, mais refusant toujours d'être le punk (celui qui ne vaut rien) d'un joker (vagabond plus âgé qui fait mendier un petit jeune à sa place). Il fait le portrait de quelques personnages haut en couleurs, comme Amy la belle obèse, vedette de foire pour laquelle il « changeait les couleurs lorsqu'elle se trémoussait » (chap3), Oklahoma Red, un yegg (casseur) qui s'était pris de sympathie pour lui et mourut sous ses yeux, déchiqueté pour avoir raté le marchepied d'un train (chap.24), ou encore la belle Etna, devenue prostituée, après six mois de prison dus aux meurtres de son père et de son frère qui, après la mort de la mère, la violaient tour à tour (chap. 27). Ce qui le sauva de cette vie, ce fut le goût de la lecture, car s'il dormait dans les jungles de vagabonds, dans la journée, dès qu'il le pouvait, fréquentait les bibliothèques.

    Un récit alerte qui nous entraîne dans un joli périple, riche en beaux paysages, au sein d'un monde dur, en compagnie de gens bancals dont certains ont un grand cœur. Récit qui nous apprend parfois de bien jolies choses : saviez-vous que les oiseaux « rêvent, exactement comme nous » (99) ? 

    Citation

    « Bientôt la pluie s'infiltra entre les planches des toits et l'eau se mit à couler comme au travers d'une passoire. Une mare se forma au centre de la jungle et quand les gouttes de pluie tombaient dedans, leurs éclaboussures ressemblaient à de minuscules navires s'enfonçant dans les flots pour toujours. Tout était mouillé. Les vêtements des vagabonds grelotants dégoulinaient. Il n'y avait aucun moyen de s'échapper. Ces hommes étaient des pauvres diables, des petits escrocs en loques. Mais à la manière des stoïques, ils enduraient leur sort avec le sourire. Ils prenaient ce que la vie ou les éléments leur donnaient. Ils se battaient, ils buvaient, ils mendiaient, ils volaient, mais jamais ils ne se plaignaient. Que cela soit mis à leur crédit jusqu'à la fin des temps. » p. 215-216

    « La route m'offrit un joyau inestimable, le loisir de lire et de rêver. Si j'en sortis usé, vieilli et assagi à vingt ans, elle me donna aussi pour compagnons les plus grands esprits de tous les temps qui me parlaient avec des mots royaux. » p.273


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