• Une saison ardente

    N°329

    Richard FordUne saison ardente

    Wildlife

    Traduit de l’américain par Marie-Odile Fortier-Masek

    1990, Éditions de l’Olivier 1991, Points 2008

    213 pages

    Fin des années cinquante, un couple et leur fils adolescent, récemment arrivés dans une petite ville du Montana, essayent de trouver leur place. Mais la perte de l’emploi du mari et l’incendie de forêt qui brûle, au loin, depuis des mois, sur le flanc de la montagne, vont perturber leur équilibre fragile. La mère, jusqu’ici au foyer va rechercher un emploi, et le père va finalement se porter pompier volontaire pour aller combattre le feu. Cette situation nouvelle bouleversera rapidement leur vie.

    L’histoire est racontée à la première personne du singulier par le fils lycéen qui porte son regard ingénu sur le comportement de ses parents et des quelques autres adultes qui les entourent. Il ne porte pas de jugement sur les pulsions qui les agitent, ou sur les décisions qu’ils prennent, il les observe et les décrit comme un entomologiste le ferait de la vie des insectes, à la différence qu’il fait lui-même partie de son champ d’observation et rapporte les conséquences qu’il subit, ainsi que ses propres sentiments, tout au long du récit.

    Une saison ardente, dont le titre original est wildlifevie sauvage –, titre qui convient bien mieux à cette histoire qui illustre la « sauvagerie » des relations humaines intimes, est un roman qui plonge au plus profond de la mécanique des sentiments. Comment un comportement est-il perçu, quelles seront les conséquences de tel ou tel acte, choix ou décision, pourquoi chacun réagira différemment au même stress, à la même peur ou au même désir ? Ce n’est pas pour autant un roman sur la psychologie humaine. Grâce au choix du narrateur, un adolescent de 16 ans, comme dans Canada (une semaine un livre n°91) où le personnage principal est un jeune de 15 ans, Richard Ford réussit à garder un ton d’un grand naturel, empreint d’innocence comme la pureté du regard de son personnage sur le monde.

    Une saison ardente est un roman d’une grande rigueur, qui aborde avec calme et perspicacité les mystères du couple, de l’attraction, de l’amour, de l’individualité et de la force indéfectible des liens filiaux.

    .....

    Eléments biographiques :

    Une saison ardenteRichard Ford est né en 1944 à Jackson dans le Mississipi. Après des études de droit à l’Université du Michigan et de Californie, il devient enseignant. Il travaille ensuite comme journaliste sportif et parallèlement il écrit. Son premier roman sort en 1976. Il a publié une dizaine de livres. Wildlife a été porté, avec succès, à l’écran en 2018 par Paul Dano, avec Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal.

    .....

    Extraits :

    Je ne m'étais pas fait d'amis à Great Falls. Les garçons de l'équipe de football habitaient au centre de la ville, à Black Eagle, sur l'autre rive du fleuve. J'avais eu des amis à Lewiston, en particulier une fille du nom d’Iris, qui allait à l'école catholique et avec qui j'avais correspondu pendant plusieurs semaines, quand nous avions déménagé à Great Falls au printemps. Mais elle était allée passer l'été à Seattle et ne m'avait pas écrit. Son père étant officier, je me dis que la famille avait peut-être déménagé. Cela faisait un moment que je n'avais pas pensé à elle, en fait, je ne tenais pas vraiment à elle. À l'époque, j'aurais dû attacher plus d'importance à davantage de choses, comme une petite amie ou des livres, ou même avoir un rêve. Mais la seule chose qui m'importait c'était ma mère et mon père. Depuis, je me suis rendu compte nous n'étions pas une famille qui s'intéressait à grand- chose.

    .....

    Elle s'approcha de la table – assis, je regardais les gros titres du Tribune, sans vraiment les lire –, elle me passa les bras autour du cou et m’étreignit brièvement et vigoureusement. Son cou sentait le parfum. Son visage, pressé contre le mien, me parut tout dur ; elle avait fumé une cigarette.

    - Ta vie ne se résume ni à ce que tu as, ni à ce que tu peux avoir, mon chéri. Mais à ce quoi tu es prêt à renoncer. C'est un vieux dicton, je le sais, mais il n'en est pas moins vrai. On a tous besoin d'avoir quelque chose à quoi renoncer. Tu comprends ?

     - Et qu'est-ce qui se passe si tu ne veux pas renoncer à quelque chose ? dis-je.

    - Oh ! Eh bien, bonne chance. Tu y es forcé d'une manière ou d'une autre. » Elle sourit et m'embrassa une nouvelle fois. « Ce n'est pas vraiment l'un des choix. Tu dois renoncer aux choses. C'est la règle. La règle essentielle. Dans tous les domaines. »

    Elle sortit par la porte de derrière et traversa le jardin glacial vers ce que cette journée était susceptible de lui apporter.

    .....

    Et je me levais à mon tour.

    - Tu sais, Joe, tout ça finira par perdre de son importance, un jour, dit mon père. Tu oublieras une grande partie de cette histoire. Moi, non ; toi, oui. Je ne t'en voudrais même pas si tu me détestais à cet instant.

    - Je ne te déteste pas, dis-je.

    Et je ne le détestais pas. Pas du tout. J'avais du mal à bien le comprendre, mais c'était mon père. Rien n'avait changé de ce côté-là. Je l'aimais envers et contre tout.

    - On peut sombrer dans le regret du passé au lieu de penser à ce qu'on peut faire pour améliorer le présent, dit mon père. Évite ça. » D’un pas raide, il se dirigea vers notre voiture. Elle était garée, au même endroit que depuis le début, en face de chez Warren Miller. « C'est le seul et unique conseil que j'aie à te donner » dit-il.

    Je l'entendis inspirer puis expirer. Au loin, dans une autre rue, j'entendis à nouveau une sirène se mettre en route et je me dis qu'il devait y avoir un autre incendie quelque part.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :