• Une aristocrate en Asie

    2018-23  

    Une aristocrate en AsieRetour à l'Iran...

    Vita SACKVILLE-WEST

    Une aristocrate en Asie

    Traduit de l'anglais par Isabelle de Natale

    PBP n°578. 2018

    172 pages

    Ce titre imbécile, suivi d'un très long sous-titre : Récit d'un voyage en pays Bakhtyar, dans le sud-ouest de la Perse, traduit le modeste et bienséant Twelve Days de l'édition originale parue en 1928. 

    Vita Sackville-West, le je narrateur étendu au nous, fait le récit d'un périple de douze jours sur des centaines de kilomètres, parcourus tantôt en voiture, tantôt à dos de mulet ou même à pied, en compagnie de son mari, de quatre amis, ainsi que d'un guide persan, pour aller de Ispahan à Maidan-i-Naftun, où elle espère trouver une variété rare d'iris : les iris pourpres. Ils traversent des contrées parfois magnifiques, mais d'autre fois assez banales pour que les voyageurs se disent « Au fond, nous aurions pu aussi bien aller au Tyrol » (73), ils s'arrêtent dans des campements qu'ils partagent avec des nomades ou sont invités dans des palais, ils s'enchantent ou s'irritent du chemin et des rencontres. Outre la description des paysages, Vita Sackville-West relève différents faits qui touchent aux coutumes et à la mentalité des habitants des lieux, comme lorsqu'elle note : « Aux yeux des Persans, la précipitation est, plus encore qu'une grossièreté, une énigme incompréhensible. » (74).

    L'auteur n'évite pas toujours des considérations marquées par le sentiment certain de la supériorité occidentale, ainsi lorsqu'elle écrit : « Une imposante façade de civilisation se dressait devant nous, une façade due à l'emploi de la langue française, au poker (...) ». Cependant, elle a le goût de la nature, elle goûte les endroits isolés qui, pour elle, « contiennent la même magie que, pour Marlowe ou Milton, les noms évocateurs » (97) et elle développe en parallèle une réflexion sur les méfaits du progrès qui trouble toujours l'état originel de la nature, comme le font ces champs de pétrole qui marquent bien trivialement la fin du voyage.    

    La dame rapportera dans son pays des iris pourpres qu'elle plantera dans le jardin qu'elle entreprendra de faire, jardin renommé qui se visite toujours. C'est une personnalité originale et attachante, qui servit de modèle à Virginia Woolf pour son personnage d'Orlando, dans le roman éponyme. 

     Citation

    « Au matin, un coup à la porte nous réveilla, accompagné par la voix de notre hôte : « L'aube est venue, le soleil se lève » (…) En contrebas, le ravin restait plongé dans la pénombre ; le versant opposé rejoignait le niveau de la plaine, qui s'étirait, large et sombre jusqu'à une ligne de crête à l'horizon. Le soleil n'était pas encore apparu, mais l'est tout entier s'embrassait déjà ; les collines dressaient leurs contours obscurs sur un ciel de safran, sillonné par d'étroits nuages pourpres, meurtri, protéiforme. Tandis que la caravane de chameaux s'alignait pour le départ, nous distinguions le balancement de la longue corde et la note grave, profonde des cloches. L'aube, l'espace, la caravane : là était la beauté immémoriale de la Perse, encadrée par l'ouverture carrée de cette fenêtre ménagée si haut dans la muraille, la falaise de Yezd-i-Khast. 


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