• La conférence des oiseaux

    2018-13

    La conférence des oiseauxFARID-UD-DIN 'ATTAR

    La conférence des oiseaux 

    Adapté par Henri Gougaud, d'après la traduction du persan de Manijeh Nouri

    Seuil 2002, Point Sagesse, SA260

    297 pages

         Farid-ud-Din 'Attar (1140-1230) est un poète soufi de la grande période de la poésie persane, qui s'épanouit dans le sillage du Livre des rois, épopée du poète Ferdowsi (Xème siècle). L'adaptation qu'en donne Gougaud est un abrégé du texte original, qui est trois fois plus long que celui de la Divine comédie.

          Le livre conte le voyage entreprit par des oiseaux pour gagner le mont Kâf, où vit Simorgh, le roi des oiseaux. La huppe est leur guide vers le divin, Simorgh étant une métaphore de dieu. Il est nommé l'Ami, l'Amant, le Bien-Aimé. La plus grande partie du livre se passe avant l'envol et est consacrée aux palabres entre les oiseaux et la huppe, qui suivent toujours le même schéma : un oiseau s'avance et dit à l'assemblée qu'il ne partira pas, parce qu'il est trop faible pour supporter les épreuves du chemin, ou parce qu'il est indigne du voyage, ou encore parce qu'il n'a aucun désir de rencontrer Simorgh, dont certains vont jusqu'à mettre en doute l'existence. La huppe répond en détruisant ces arguments et en contant des histoires censées, elles aussi, venir à bout de la résistance de l'oiseau. Dans un second temps, alors que les oiseaux sont en chemin, les sept vallées – vallées de la Quête, de l'Amour, de la Connaissance, de la Liberté solitaire, de l'Unité, de la Perplexité majeure et enfin vallée de l'Épuisement – à traverser comme autant de passages initiatiques, sont décrites directement ou au moyen de contes. La fin est une adresse en hommage au créateur.

          Les contes mettent en scène des personnages inconnus ou au contraire illustres, des figures emblématiques de l'histoire persane – le roi Mahmoud (Xème siècle), Bayazid (grande figure du soufisme du VIIème siècle) ou la « Belle et savante Abassé » – mais aussi des personnages de la bible comme Salomon, Moïse, Jacob.

          Le livre possède un aspect de code de conduite, dont le maître mot est « défais-toi de toi-même », qui nous renvoie au conseil de Montaigne de « se déprendre de soi ». Très vite, le lecteur oublie l'aspect religieux – l'auteur, qui ne prononce jamais le nom d'Allah, présente une religion de tolérance, d'ouverture et de clémence, et ne cesse de dénoncer les dévots – et s'attache à l'aspect poétique d'un texte dans lequel l'amour est divinisé : il se sent devenu  un « chercheur de vérité » (126),  « troué d'amour » (128). 

     

    Citation

          « Tout être vivant ici-bas, bon ou mauvais, savant ou non, est enceint d'un enfant-soleil qui espère l'aube prochaine. (…) Tant que tu resteras soumis aux exigences de ton temps, tu seras sans cesse encombré par mille tentations contraires. Ton soleil seul effacera, comme le jour défait les rêves, ces tyranniques fantaisies. (...) Allons, défais-toi de toi-même et va comme poussière au vent ! L'enfer bouillonne dans ton corps. L'ordure est là au fond de toi. (…) À chacun de nous ses bas-fonds grouillants de rats et de démons. Fais le ménage, chasse-les et tu pourras dormir en paix sur le ventre doux de la terre. »

    pages 242-243


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