• L'Iran Des Perses à nos jours

    2018-12

    L'Iran Des Perses à nos joursL'Iran

    Des Perses à nos jours

    Fayard / Pluriel 2010

    225 pages

         Ce livre recueille les contributions - souvent une reprise abrégée d'un ouvrage important - de seize grands spécialistes de l'Iran et de l'Asie centrale, dont plusieurs professeurs au Collège de France et à l'EPHE, ainsi que deux chercheuses iraniennes travaillant en France.  Il permet de balayer l'histoire du pays, des premiers documents attestant son existence, bien avant que les Grecs ne fassent des meilleurs des « Barbares » leur meilleur ennemi, jusqu'au début du XXIème siècle. Il serait fastidieux de reprendre chaque article. Je me contenterai simplement de relever trois points.

          C'est aux Perses que nous devons les fameux jardins dits souvent « arabes ». L'Empire perse achéménide (550-330 av. J.-C.), premier empire « mondial » de l'Antiquité, faisait du roi des rois le protecteur de la terre et des paysans, « le Grand Roi est aussi bon jardinier » (34).  Le paradis était le nom donné aux jardins royaux, vastes espaces, clos et plantés selon la volonté du roi, qui devenaient ainsi le miroir des qualités du souverain. Véritable jardin botanique où se pratiquaient des expérimentations et des acclimatations d'espèces nouvelles, le paradis était abondamment pourvu d'eau, au sein d'un environnement désertique, et constituait de plus une réserve de chasse. Emprunté par les Grecs, le mot paradis est arrivé jusqu'à nous pour désigner un jardin céleste.

          Notons ensuite, qu'au cours de cette longue histoire, durant laquelle le territoire est passé de mains en mains, on constate que les conquérants ont appliqué le grand principe politique des Perses eux-mêmes, qui avaient compris qu'il n'était pas utile de s'attaquer aux populations, puisqu'il suffisait d'obtenir la collaboration des élites pour s'approprier la richesse des lieux conquis. D'Alexandre le Grand à la colonisation occidentale, les élites locales ont toujours su, pour leur plus grand bénéfice, pactiser avec l'envahisseur.

          Enfin, je voudrais insister sur ce qui me semble un des grands paradoxes de la Révolution islamique.  Le régime a rendu l'école obligatoire pour tous, ce qui aboutit au fait qu'actuellement, parmi les détenteurs d'un diplôme d'études supérieures, les femmes sont largement sur-représentées (67%). Tout en voulant contrôler les femmes et les maintenir sous la dépendance masculine d'un père ou d'un mari, le régime leur a permis d'acquérir les moyens de leur libération. Et parmi les jeunes femmes les plus engagées contre le port du voile, on trouve bon nombre de filles d'ayatollah et de grands dignitaires du régime.

          Le caractère fragmentaire de l'ouvrage est évidemment source d'insatisfaction : on aimerait bien en savoir plus... Mais, en même temps, la multiplicité des questions abordées est très enrichissante et chaque article est suffisamment riche pour qu'on acquiert une petite connaissance de la question, amplement suffisante pour qui ne souhaite pas se lancer dans des études iraniennes.

    Citation 

         « Perle, sucre, miel, musc, soleil, ou chant du rossignol, le persan sera chanté en métaphores diverses par les poètes qui le considèrent comme la langue de la poésie par excellence. C'est sans doute aussi pour cette raison que son usage s'est étendu jusqu'en Inde dès le milieu du XIème siècle où il devient la langue administrative et littéraire. À l'Ouest, c'est en Asie Mineure que le persan devient pour longtemps langue de culture et continue à régner comme langue littéraire dans l'Empire Ottoman. C'est sans doute aussi parce que les Iraniens ont eu très tôt une très haute idée de la perfection de leur langue qu'elle a finalement si peu évolué, présentant l'exemple rare d'une langue qui a maintenu une remarquable continuité sur plus de mille ans d'existence. Les Iraniens, Afghans et Tadjiks d'aujourd'hui parlent, en effet, à quelques ajustements près, la même langue que celle de Ferdowsi (poète du Xème siècle, NDLR), une langue douce à écouter, fluide et musicale, une langue-poème. »

    p.152-153. Leili Anvar.


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