• Juste parmi les hommes

    N°337

    François DupaquierJuste parmi les hommes

    Editions Fayard 2019

    449 pages

    2018, Kansas, un jeune syrien, réfugié aux États-Unis, découvre que l’aide alimentaire est liée à un trafic international et à des intérêts financiers énormes et cachés. Avec l’aide d’une jeune journaliste française, il tente d’en découvrir les acteurs et les bénéficiaires, mais les embûches sont nombreuses. En parallèle, le récit porte sur les années précédentes, à partir du début de la guerre en Syrie en 2011.

    Juste parmi les hommes, au-delà de l’intrigue, est le portrait d’une génération, celle qui est sacrifiée par la communauté internationale pour maintenir Bachar El-Assad au pouvoir, celle qui tente de survivre à Alep ou à Homs sous les bombardements du régime soutenu par les russes et abandonnée par les américains et leurs alliés. À travers chaque chapitre, précisément daté, le récit apporte tous les détails sur les atrocités commises, sur les promesses, mensonges et trahisons liées aux jeux politiques, sur les réseaux d’espionnage et de contre-espionnage, tout en privilégiant une approche humaine et liée aux destins des personnages principaux.

    Le roman de F. Dupaquier fait penser à ceux de Robert Littell (Requiem pour une révolution, une semaine un livre n°147, L’hirondelle avant l’orage, n°159), dans le sens où la description des faits politiques très documentée s’allie à une approche sensible et humaine des personnages. Il y ajoute un côté « James Bond » pas désagréable, situant ainsi son roman à la croisée de plusieurs genres : aventures, politique, dramatique, suspens, intimiste…

    F. Dupaquier écrit dans un style simple et classique, et efficace. L’alternance des chapitres passés et présents, jusqu’à l’enchevêtrement, apporte une mise en perspective historique pertinente. Juste parmi les hommes n’est pas une lecture tranquille, le lecteur y est bousculé et emporté par les aventures incessantes du couple franco-syrien, par ailleurs au futur impossible. C’est un roman autant informatif que passionnant et émouvant, et qui réussit à trouver le juste équilibre entre ces trois composantes. En plus, il résonne particulièrement fortement avec l’actualité puisqu’Idleb, en Syrie est toujours, actuellement, bombardé par les forces du régime.

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    Eléments biographiques :

    Juste parmi les hommesFrançois Dupaquier est né en 1977. Il est diplômé en droit international et spécialiste des terrains de conflit et de la réponse humanitaire. Il a notamment travaillé en Afghanistan, en Syrie, en Irak, en République Démocratique du Congo, en Géorgie, au Sahel ou en Afrique centrale. Depuis le début de la révolution syrienne il a travaillé sur les conséquences humanitaires dans la région. Juste parmi les hommes, est son premier roman.

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    Extraits :

    25 Avril 2011 - Ville de Deraa, sud de la Syrie

    - Maman, maman, ouvre-moi !, hurle Ali en tambourinant sur la porte de la maison.

    - Qu'est-ce qui se passe ? demande sa mère en lui ouvrant. Où est ton père ?

    - L'armée est entrée dans la ville avec des chars. Ils ont ouvert le feu sur les manifestants, il y a des dizaines de morts. Je crois que papa a été arrêté !

    Sa mère verrouille la porte derrière lui. Depuis la première manifestation, la situation a pris une ampleur inattendue. Les militaires ont tiré sur la foule, tuant des civils et blessé des dizaines de personnes. Le père d'Ali, qui a défié les fusils du régime pour faire libérer Elias, est devenu depuis ce jour un leader de la contestation. Les rassemblements pacifiques ont lieu tous les jours. Et ils se sont propagés à tout le pays. La révolution est en marche alors que les civils continuent à tomber sous les balles du régime. Deraa est en état de siège, les chars de l'armée entourent la ville, qui est privée d'eau et d'électricité. Certains soldats refusent de tirer sur la population civile et désertent l'armée syrienne pour défendre les habitants.

    - Qu'est-ce qu'on va faire, maman ?

    - Il n'y a rien à faire pour l'instant, Ali. Ton père est un militant, il savait ce qu'il risquait en prenant la tête de la révolte. Il n'a jamais pu accepter ce qu'ils ont fait subir aux enfants. On pleurera plus tard. L'urgence, pour l'instant, c'est toi. Tu viens de recevoir ton avis de recrutement dans l'armée. S’ils reprennent le contrôle de la ville, tu seras enrôlé. Il faut que tu partes, tu dois quitter Deraa. Je viens d'avoir la mère de Miran, c'est pareil pour lui. Vous ne pouvez pas rester ici. Vous fuirez cette nuit pour Alep et vous irez chez Nizar, le frère de ton père.

    - Et toi, maman ? Tu ne peux pas rester seule ici.

    - Si, je reste là. Je ne peux pas laisser ton père dans cette situation. Il va falloir que je le récupère chez les moukhabarat. J'ai commencé à faire ton sac, viens.

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    14 Juillet 2018, 11 heures du matin, Montreuil, foyer Bara

    La voiture de la DGSE s'arrête devant le foyer de migrants maliens dont les portes sont grandes ouvertes. Les allées et venues sont incessantes et des dizaines de personnes discutent à l'extérieur.

    - Je vous laisse une petite demi-heure, dit Jacques à Ali qui s'apprête à descendre. Mais, après, il va falloir faire vite. On vous attend ici.

    Ali sort du véhicule avec son sac. Ses yeux le piquent. Il n’a dormi que quelques dizaines de minutes avant la réunion avec le directeur de la DGSE.

    - Bienvenue à Bamako-sous-bois !, lance Amadou qui sort du bâtiment à la rencontre d’Ali.

    Celui-ci lève la tête et n'a pas le temps de réagir qu'il se retrouve pressé contre la poitrine du grand Guinéen, qui l'étreint.

    - C'est gaspiller du savon que de laver la tête d'un singe, mais tu mériterais une petite douche. Tu es tout froissé, plaisante Amadou.

    - Je suis heureux de te voir, répond Ali.

    - Moi aussi. Viens avec moi, Zoé t'attend.


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