• 2018-13

    Trouvé chez un bouquiniste, ce livre d'une grande figure du féminisme des années 60-70. 1968, 69 et des poussières...

    Christiane ROCHEFORT

    Les stances à Sophie

    Grasset 1963, Livre de poche n° 2801

    214 pages.

     

         Christiane Rochefort s'était fait connaître, en 1958, par un roman jugé à l'époque scandaleux, Le Repos du guerrier. Elle récidiva avec Les Stances à Sophie qui a été considéré comme un livre annonçant les bouleversements sociétaux, dont 1968 fut le coup de tonnerre... du tonnerre !

          Céline Rodes se trouve, à vingt-sept ans, raide amoureuse de Philippe Aignan, bel homme aux yeux bleus, aux cheveux blonds, à la gueule d'ange et qui porte beau son mètre quatre-vingt-deux. Philippe monte l'assaut afin que Céline quitte sa vie de célibataire bordélique, se peigne correctement, cesse de voir ses amis-amants intellectuels et artistes fantaisistes. D'ailleurs, à vingt-sept ans, c'est tout de même un âge correct pour se caser. Céline Rodes devient madame Philippe Aignan. Installation dans un appartement rue de la Pompe, choix des doubles-rideaux avec belle-maman, dîners avec couples de jeunes cadres très dynamiques, week-ends en Normandie, vacances dans le midi, caprice pour avoir sa voiture, robes de couturiers pour honorer son mari qui pense à une députation, et j'en passe. Après bien des efforts madame Philippe Aignan semble enfin mener une vie normale, même si elle pense souvent qu'elle n'existe plus. Mais un jour, son amie d'origine italienne, Julia, femme de Jean-Louis, un ami de Philippe, est tuée en voiture par son mari qui avait fait le pari d'arriver le premier sur la côte normande. Madame Philippe Aignan rue dans les brancards et quitte Philippe Aignan, pour retourner vers ses potes « d'avant », avec le sentiment de l'avoir échappé belle.

          Bien que le je narrateur fasse, dans une langue très lisse, une description très caricaturale de la vie des grands bourgeois dans les beaux quartiers, elle sait introduire dans sa narration des personnages qui cassent le huis-clos conjugal et des dissonances amusantes qui sauvent le texte de la platitude. De plus, considérant cette époque d'avant la pilule, d'avant le droit à l'avortement, on peut reconnaître que son héroïne est une véritable bombe, par la liberté de ses mœurs, puisque Christiane Rochefort lui attribue amants et amantes, à une époque où on ne parlait pas de bisexualité, ayant assez de mal avec la sexualité !

    .....

    Citation

          « Je me suis regardée dans la glace. Je me suis reconnue immédiatement. C'est moi, celle-là. Moi ! Moi ! Où j'étais donc passée ? Où j'étais disparue ? Qui est cette autre qui erre dans les corridors de l'appartement là-bas rue de la Pompe ?

          C'est Madame Philippe Aignan. »

    p. 115


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